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Du goût d’aller plus loin en LaTeX

mercredi 19 juillet 2017, par Maïeul
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Je suis en ce moment contraint, pour des raisons de relations avec un éditeur, d’utiliser Word pour écrire un texte. Je ne cesse de râler sur divers réseaux sociaux sur l’inefficacité de cet outil, que ce soit à cause du manque de souplesse de Zotero vis-à-vis de biblatex [1] ou de la lenteur de la bascule d’un style à l’autre [2]. Ceci rejoint plusieurs réflexions que je me fais et questions que je me pose depuis que j’utilise LaTeX, c’est-à-dire presque sept ans maintenant. À cet égard, j’aimerais bien l’avis de mes lectrice·cteur·s.

La maniaquerie de la perfection

Depuis que j’utilise LaTeX, je cherche régulièrement à optimiser mon processus d’écriture par la création de nouvelles macros répondant à des besoins de mise en sens spécifiques. Par exemple pour présenter de manière automatique des cours extraits de textes en deux langues, j’utilise la syntaxe personnelle suivante [3] :

\begin{col}
\begin{qgreek}
texte en grec
\end{qgreek}
\begin{trad}
texte en français
\end{trad}
\end{col
}

Ce qui m’économise la série de commandes suivante :

\begin{pairs}
\begin{Leftside}
\begin{greek}
\beginnumbering
\autopar
texte en grec
\endnumbering
\end{greek}
\end{Leftside}
\begin{Rightside}
\beginnumbering
\autopar
texte en français
\endnumbering
\end{Rightside}
\end{pairs
}
\Pairs

De même, je cherche régulièrement à améliorer la présentation de ma bibliographie en prenant en compte des cas que j’aurais « contournés » en Word. Je n’aurais certainement pas réfléchi à la manière correcte de présenter une édition dans un article si je n’avais pas disposé de biblatex, et me serait contenté de citer l’article, sans faire la distinction, pourtant fondamentale, entre le texte présenté et le texte présentant.

Ce constat est partagé par une personne avec qui j’ai régulièrement l’occasion de discuter de nos « TeXniques » : « LaTeX nous permet d’arriver plus vite au but, mais du coup on cherche à atteindre des buts plus lointains, et finalement on y passe autant de temps (mais on s’amuse !) ».

Ceci est possible, car LaTeX étant un logiciel libre, avec des macros de « haut niveau » interprétées « à la volée », nous pouvons le contrôler précisément et faire des tests rapidement. Nous soumettons donc la technique à nos besoins… mais n’inventons-nous pas des besoins si ce n’est factices, du moins secondaires ?

Et puis surtout, aurions-nous envie de trouver ce genre de solution sous LibreOffice ou Word ?

La recherche de solution face aux problèmes

Je prenais un verre avec quelques formateurs du stage LaTeX de Dunkerque, et l’un d’entre eux faisait la remarque suivante (je cite approximativement) :

Lorsqu’une personne a un problème avec un traitement de texte Wysiwyg, elle cherche un petit peu dans le logiciel, éventuellement demande conseil à une personne à proximité, mais va rarement plus loin. Si la fonctionnalité demandée n’existe pas, il s’en contente et fait contre mauvaise fortune bon cœur. Avec LaTeX, une personne qui a un problème demandera plus souvent de l’aide et cherchera à obtenir une solution à son problème.

Bien que cela ne soit pas une affirmation étayée par de longues études, mon sentiment personnel, dans mes fréquentations, est que c’est effectivement le cas. Admettons donc cela comme vrai. Je me pose alors la question du pourquoi de cette différence d’attitude :

  • est-ce parce que les personnes qui utilisent LaTeX ont plus une mentalité de « geek » et ont conscience que, normalement, l’outil est au service des besoins et non l’inverse ?
  • est-ce parce que LaTeX étant à la base plus efficace que Word ou LibreOffice dès qu’on traite des problèmes complexes de rédaction, on en attend plus ?
  • est-ce parce que le fait que LaTeX ne se prend pas spontanément en main et nécessite un (court) temps d’apprentissage avant d’avoir un premier résultat visible forme au désir d’en savoir plus, d’apprendre et de s’améliorer [4] ? En même temps, un autre intervenant faisait remarquer qu’il existe des personnes qui utilisent LaTeX sans en avoir compris la logique profonde, et se servent de stratégie inefficace pour aboutir à certains résultats, y compris lorsqu’elles ont besoin de résoudre plusieurs fois de suite le même problème.
  • est-ce parce qu’il y a plus de ressources d’aide à LaTeX du fait justement de sa prise en main et de sa capacité à aller très loin dans la résolution des problèmes ?
  • est-ce parce que les interfaces chargées des logiciels Wysiwyg rebutent les utilisateurs et incitent à aller au plus simple ?
  • est-ce parce qu’il est plus facile d’expliquer et de retenir des TeXniques que des astuces Word ou LibreOffice. Avec (La)TeX pour partager / stocker une technique, il suffit de copier-coller un bout de code, éventuellement commenté, alors qu’avec un logiciel Wysiwyg il faut décrire, sous forme narrative, avec éventuellement des copies d’écran, les étapes à effectuer [5] ?

À vos avis !

Notes

[1Principalement l’absence de gestion de l’héritage des champs et de gestion des divisions des sources.

[2Il est plus facile de saisir rapidement le nom d’un style que d’aller le cherche dans le menu correspond. Les raccourcis clavier n’aident guère en l’occurrence, vu la multiplicité des styles. Sans parler de l’impossibilité de concevoir une commande permettant d’afficher de manière uniforme mes siècles.

[3Oui, je sais mon environnement ne devrait pas s’appeler col, car potentiellement je peux avoir une mise en forme autrement qu’en colonnes…

[4Attention, les logiciels Wysiwyg, pour être utilisé au maximum de leur efficacité, nécessitent également un temps d’apprentissage. Mais par leurs aspects « clickodromes » ils donnent l’illusion de pouvoir être pris en main instantanément

[5Du type : « Tu va dans ce menu, tu choisis ensuite cette entrée, puis cette option ».

Vos commentaires

  • Le 20 juillet à 10:11, par Laurent Bloch En réponse à : Du goût d’aller plus loin en LaTeX

    Effectivement, la grande qualité de LaTeX, et aussi le grand danger qu’il fait courir à l’auteur, c’est d’être programmable, et comme la mise en page d’un texte est une opération infiniment complexe, sa programmation peut se poursuivre à l’infini. D’où la tentation de se perdre dans la recherche de raffinements techniques de plus en plus abscons, au risque (ou dans le but inconscient) de reculer le moment de se mettre au vrai travail ; parce que c’est amusant (contrairement au traitement de texte, mortellement ennuyeux).

    La conséquence bénéfique de cet état de fait est l’existence d’une communauté vaste et internationale de passionnés toujours prêts à secourir celui qui est dans une impasse.

    Et aussi : avec LaTeX on sait que l’on peut obtenir un résultat vraiment satisfaisant, ce qui incite à aller plus loin, tandis qu’avec un traitement de texte le résultat sera au mieux médiocre, banal.

  • Le 20 août à 21:27, par Martin Vérot En réponse à : Du goût d’aller plus loin en LaTeX

    Pour moi, la raison est plus simple : l’aide en ligne est pérenne et transverse. Sur tex.stackexchange, je ne regarde jamais la date du post : je copie colle et j’ai le résultat.

    À chaque fois que j’ai besoin d’aide sur un éditeur wyziwig, la solution proposée n’est plus bonne car le menu a changé de place, ce n’est plus la bonne version, c’est donné en français alors que j’ai gardé les noms de fonction en anglais, etc. Il est beaucoup plus rare d’avoir des problèmes sérieux dus à des incompatibilités sous LaTeX. Personnellement, c’est le package ucs qui revient régulièrement en warning sans que je sache pourquoi dès que je fais de la biblio, mais c’est tout.

    Un autre facteur étant que le public LaTeXien est à mon avis plus geek et éduqué informatiquement, ce qui fait que même si la communauté est plus restreinte, elle a plus de compétences et n’hésites pas à créer ses petits bouts de trucs voir ses packages. Dans la formation que je donne à LaTeX, je donne par exemple tout de suite des exercices sur la rédaction de macro vu leur puissance. À ce jour, je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui maîtrise à fond les macros d’éditeurs wyziwig, le publipostage et les fonctions « avancées » oui, mais ça s’arrête souvent là.

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À propos

Titulaire d’un doctorat en théologie et d’un doctorat en histoire, sous la direction conjointe de Frédéric Amsler et d’Élisabeth_Malamut, je commence à partir du 1er août 2017 un travail d’édition critique des Actes de Barnabé.

Dans le cadre de la rédaction de mon mémoire de master puis de ma thèse de doctorat, j’ai été emmené à utiliser LaTeX, et j’ai donc décider de partager mes techniques. En effet, au cours de mes premiers apprentissages, j’ai découvert que les ressources indiquant les outils pour l’utilisation de LaTeX en sciences humaines étaient rares. Ceci m’a conduit à maintenir ou créer plusieurs packages LaTeX et à donner plusieurs formations.

Par ailleurs, je suis membre actif de la communauté SPIP, au sein de laquelle j’administre le site Spip-Contrib. Je propose sur ce site quelques notes sur SPIP, en général à destination de webmestre.

Il m’arrive également de faire un petit peu de Python, de temps en temps.

Enfin, je tiens un blog de réflexions politiques et religieuses.

Maïeul