Du goût d’aller plus loin en LaTeX

, par Maïeul

Je suis en ce moment contraint, pour des raisons de relations avec un éditeur, d’utiliser Word pour écrire un texte. Je ne cesse de râler sur divers réseaux sociaux sur l’inefficacité de cet outil, que ce soit à cause du manque de souplesse de Zotero vis-à-vis de biblatex [1] ou de la lenteur de la bascule d’un style à l’autre [2]. Ceci rejoint plusieurs réflexions que je me fais et questions que je me pose depuis que j’utilise LaTeX, c’est-à-dire presque sept ans maintenant. À cet égard, j’aimerais bien l’avis de mes lectricecteurs.

La maniaquerie de la perfection

Depuis que j’utilise LaTeX, je cherche régulièrement à optimiser mon processus d’écriture par la création de nouvelles macros répondant à des besoins de mise en sens spécifiques. Par exemple pour présenter de manière automatique des cours extraits de textes en deux langues, j’utilise la syntaxe personnelle suivante [3] :

\begin{col}
\begin{qgreek}
texte en grec
\end{qgreek}
\begin{trad}
texte en français
\end{trad}
\end{col}

Ce qui m’économise la série de commandes
suivante :

\begin{pairs}
\begin{Leftside}
\begin{greek}
\beginnumbering
\autopar
texte en grec
\endnumbering
\end{greek}
\end{Leftside}
\begin{Rightside}
\beginnumbering
\autopar
texte en français
\endnumbering
\end{Rightside}
\end{pairs}
\Pairs

De même, je cherche régulièrement à améliorer la présentation de ma bibliographie en prenant en compte des cas que j’aurais « contournés » en Word. Je n’aurais certainement pas réfléchi à la manière correcte de présenter une édition dans un article si je n’avais pas disposé de biblatex, et me serait contenté de citer l’article, sans faire la distinction, pourtant fondamentale, entre le texte présenté et le texte présentant.

Ce constat est partagé par une personne avec qui j’ai régulièrement l’occasion de discuter de nos « TeXniques » : « LaTeX nous permet d’arriver plus vite au but, mais du coup on cherche à atteindre des buts plus lointains, et finalement on y passe autant de temps (mais on s’amuse !) ».

Ceci est possible, car LaTeX étant un logiciel libre, avec des macros de « haut niveau » interprétées « à la volée », nous pouvons le contrôler précisément et faire des tests rapidement. Nous soumettons donc la technique à nos besoins… mais n’inventons-nous pas des besoins si ce n’est factices, du moins secondaires ?

Et puis surtout, aurions-nous envie de trouver ce genre de solution sous LibreOffice ou Word ?

La recherche de solution face aux problèmes

Je prenais un verre avec quelques formateurs du stage LaTeX de Dunkerque, et l’un d’entre eux faisait la remarque suivante (je cite approximativement) :

Lorsqu’une personne a un problème avec un traitement de texte Wysiwyg, elle cherche un petit peu dans le logiciel, éventuellement demande conseil à une personne à proximité, mais va rarement plus loin. Si la fonctionnalité demandée n’existe pas, il s’en contente et fait contre mauvaise fortune bon cœur. Avec LaTeX, une personne qui a un problème demandera plus souvent de l’aide et cherchera à obtenir une solution à son problème.

Bien que cela ne soit pas une affirmation étayée par de longues études, mon sentiment personnel, dans mes fréquentations, est que c’est effectivement le cas.
Admettons donc cela comme vrai. Je me pose alors la question du pourquoi de cette différence d’attitude :

  • est-ce parce que les personnes qui utilisent LaTeX ont plus une mentalité de « geek » et ont conscience que, normalement, l’outil est au service des besoins et non l’inverse ?
  • est-ce parce que LaTeX étant à la base plus efficace que Word ou LibreOffice dès qu’on traite des problèmes complexes de rédaction, on en attend plus ?
  • est-ce parce que le fait que LaTeX ne se prend pas spontanément en main et nécessite un (court) temps d’apprentissage avant d’avoir un premier résultat visible forme au désir d’en savoir plus, d’apprendre et de s’améliorer [4] ? En même temps, un autre intervenant faisait remarquer qu’il existe des personnes qui utilisent LaTeX sans en avoir compris la logique profonde, et se servent de stratégie inefficace pour aboutir à certains résultats, y compris lorsqu’elles ont besoin de résoudre plusieurs fois de suite le même problème.
  • est-ce parce qu’il y a plus de ressources d’aide à LaTeX du fait justement de sa prise en main et de sa capacité à aller très loin dans la résolution des problèmes ?
  • est-ce parce que les interfaces chargées des logiciels Wysiwyg rebutent les utilisateurs et incitent à aller au plus simple ?
  • est-ce parce qu’il est plus facile d’expliquer et de retenir des TeXniques que des astuces Word ou LibreOffice. Avec (La)TeX pour partager / stocker une technique, il suffit de copier-coller un bout de code, éventuellement commenté, alors qu’avec un logiciel Wysiwyg il faut décrire, sous forme narrative, avec éventuellement des copies d’écran, les étapes à effectuer [5] ?

À vos avis !

Notes

[1Principalement l’absence de gestion de l’héritage des champs et de gestion des divisions des sources.

[2Il est plus facile de saisir rapidement le nom d’un style que d’aller le cherche dans le menu correspond. Les raccourcis clavier n’aident guère en l’occurrence, vu la multiplicité des styles. Sans parler de l’impossibilité de concevoir une commande permettant d’afficher de manière uniforme mes siècles.

[3Oui, je sais mon environnement ne devrait pas s’appeler col, car potentiellement je peux avoir une mise en forme autrement qu’en colonnes…

[4Attention, les logiciels Wysiwyg, pour être utilisé au maximum de leur efficacité, nécessitent également un temps d’apprentissage. Mais par leurs aspects «  clickodromes  » ils donnent l’illusion de pouvoir être pris en main instantanément

[5Du type : «  Tu va dans ce menu, tu choisis ensuite cette entrée, puis cette option  ».